Une étape me semble indispensable dans bien des occasions et que personne ne va mettre dans un Gantt. J’avoue que cette étape n’est pas d’une évidence folle, que ni les dirigeants ni les managers ne sont généralement outillés pour la traiter cette étape ; elle est bien trop inconfortable et ne produit aucun livrable présentable. Cette étape, c’est la Phase 3 du Guide ÉMERGENCE : la liquidation du passif organisationnel ou comment déverrouiller l’énergie nécessaire à toute transformation.
Qu’est-ce que le passif organisationnel ?
Toute organisation accumule, au fil du temps, des dettes non soldées. Pas des dettes financières, des dettes humaines.
Une décision prise dans l’opacité que personne n’a comprise. Une réorganisation annoncée un vendredi après-midi par mail. Une promotion accordée à quelqu’un d’autre après des années d’attente. Un atelier fermé ou un projet arrêté dans lequel quelqu’un avait mis l’essentiel de son énergie, de sa vie professionnelle. Un manager parti en emportant avec lui le sens du travail de toute une équipe.
Ces événements ne disparaissent pas. Ils ne s’effacent pas avec le temps, le team building ou la nouvelle vision stratégique affichée en salle de réunion. Ils se stockent, se transmettent, ressurgissent toujours au pire moment, c’est-à-dire quand on annonce la prochaine évolution. C’est de la mémoire organisationnelle.
Une entreprise, c’est d’abord des histoires qui se rencontrent
Une organisation n’est pas qu’un organigramme. C’est un endroit où des trajectoires humaines se croisent, chacune avec son histoire, ses bifurcations, ses cicatrices et ses convictions forgées ailleurs, avant, dans d’autres contextes que personne ne connaît vraiment.
Ces trajectoires s’entremêlent. Elles se percutent. Elles créent des résonances et des dissonances que personne n’a planifiées et que personne ne contrôle réellement. Le chaos, le hasard, les rencontres fortuites, les décisions prises dans différentes conditions ; tout ça finit par produire quelque chose qu’on appelle une culture, une ambiance, un « esprit maison ». Quelque chose de réel, de vivant, et de fragile.
C’est précisément parce qu’une organisation est vivante qu’elle a une mémoire. Et, c’est justement parce qu’elle a une mémoire qu’on ne peut pas la transformer comme on réorganise un entrepôt.
Pourquoi ça bloque tout
Le passif organisationnel non liquidé agit comme un filtre, un métaprogramme de tri primaire propre à l’entreprise. Tout ce qui arrive après, passe à travers ce passif.
On annonce une nouvelle organisation, une évolution des pratiques et les collaborateurs entendent et revivent déjà la dernière fois que ça s’est passé, ils savent ce que ça leur a coûté. Vous présentez une nouvelle vision ambitieuse : les personnes pensent à la précédente, celle qui n’avait pas survécu au premier trimestre difficile par exemple. On demande de l’engagement : les personnes calculent silencieusement ce que le dernier engagement leur a rapporté. 0 tracâts, 0 blabla, c’est dans pub mais pas dans la conduite du changement.
Ce qui se passe et ce que j’écris là n’est pas du cynisme. Un système qui a été « blessé » se protège. C’est ce que les chercheurs appellent l’homéostasie ; la tendance d’un système vivant à maintenir son équilibre, même un équilibre douloureux, plutôt que de risquer une nouvelle déstabilisation.
Augmenter la pression pour forcer le changement ne fait pas bouger le système. Ça augmente juste la tension. Et un système sous tension excessive trouve toujours un moyen de se décharger : par le sabotage passif, par l’éjection du porteur du projet, par le conflit ou l’effondrement discret de ce qu’on croyait acquis.
Ce que liquider le passif veut dire et ne veut pas dire
Liquider le passif ne veut pas dire rouvrir tous les dossiers douloureux, organiser une grande séance de vérité collective ou demander pardon pour tout ce qui s’est passé depuis la création de l’entreprise. Ça veut dire créer un espace de parole structuré, sécurisé, limité dans le temps où ce que le système porte peut être nommé. Pas résolu. Pas jugé. Juste nommé.
Ce qui n’est pas nommé ne peut pas être déposé. Ce qui n’est pas déposé continue de gouverner en silence, dans les angles morts, dans les résistances que personne ne comprend vraiment parce que personne n’en connaît l’origine.
La liquidation du passif n’est pas une thérapie organisationnelle. C’est un acte de lucidité préalable. Une façon de dire au système : on sait ce qu’on a traversé, on le reconnaît, et maintenant on peut regarder autre chose.
Ce qui est nommé collectivement perd une partie de sa charge. Ce qui était une résistance silencieuse devient une information partagée. Et, sur ce terrain-là et seulement sur ce terrain-là qu’une une transformation, un changement a une chance de tenir.
Ce que ça change concrètement
Rien de spectaculaire. Pas de miracle. Mais, les sujets qui ne pouvaient pas être nommés commencent à l’être. Les décisions qui attendaient une permission implicite commencent à se prendre. Les personnes qui s’étaient retirées commencent à revenir, prudemment, à leur rythme, mais elles reviennent. C’est lent. C’est invisible dans un rapport d’avancement. C’est la condition pour que ce qui vient ensuite ne soit pas le énième projet de transformation dont tout le monde attend discrètement l’échec.
La liquidation du passif fait partie des trois phases préalables à toute intervention dans le Cadre de l’ÉMERGENCE. Si vous voulez comprendre comment votre organisation fonctionne avant d’essayer de la transformer, commencez par le Diagnostic 360°.
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