THERMOVEX INDUSTRIES : une même équipe dans deux contextes différents
THERMOVEX INDUSTRIES SAS est une entreprise créée pour illustrer ce que le Cadre de l’ÉMERGENCE lit dans une organisation réelle. Les situations décrites ici sont fictives. Elles ressemblent à ce que beaucoup de dirigeants de PME ont traversé ou traversent encore.
Avant de parler de diagnostics, parlons du contexte.
THERMOVEX INDUSTRIES est une entreprise de 94 salariés et 11,4 millions d’euros de chiffre d’affaires. Une unité de production en Essonne. Une entreprise industrielle qui tient ses marchés, livre ses clients, connaît son métier, bref une belle boite tourne bien.
Michel Barreaux dirige cette PME depuis plusieurs années. C’est le genre de dirigeant qui prend le temps de comprendre avant d’agir, qui pose des questions précises, qui n’aime pas les décisions bâclées. Autour de lui, un CODIR de quatre personnes : Yassine à la production, un pragmatique focalisé sur l’exécution. Isabelle à la R&D, rigoureuse et analytique. Boris aux finances, sceptique par nature et celui qui voit les fragilités avant tout le monde. Enfin il y a Thierry à la logistique, un gars lucide sur les contraintes système. Quatre profils différents. Cinq façons au total de lire la même réalité. Une équipe qui fonctionne.
L’idée est de soumettre cette organisation au Cadre de l’ÉMERGENCE, un ensemble de quatre diagnostics qui lisent une organisation sous quatre angles différents : sa stratégie, son fonctionnement opérationnel, sa structure organisationnelle, et la manière dont ceux qui la dirigent, décident ensemble. Dans un premier temps, dans un contexte stable. Dans un second temps, après que trois événements soient venus perturber l’équilibre dans un laps temps relativement court.
Ce que je raconte là, c’est ce que les 4 diagnostics rendent lisible.
Premier contexte : une organisation qui fonctionne
THERMOVEX en situation normale est une PME industrielle solide. Pas spectaculaire mais solide et c’est déjà beaucoup.
Le premier diagnostic, le Diagnostic Stratégique, mesure si l’organisation sait où elle va et si elle a les moyens d’y aller. THERMOVEX obtient un bon score : le problème central de l’entreprise est clairement identifié, la direction à prendre est partagée par le CODIR, et les actions menées sont cohérentes avec cette direction. Le dirigeant, Michel Barreaux, manage son affaire avec sa boussole..
Le deuxième diagnostic, le Diagnostic TOM, pour Target Operating Model, mesure l’équilibre entre deux réalités que toute organisation doit gérer en même temps. Le RUN : tout ce qui permet à l’entreprise de fonctionner aujourd’hui : livrer, facturer, manager, répondre aux clients. Le BUILD : tout ce qui prépare l’entreprise de demain : les projets, les outils, les formations, les évolutions. THERMOVEX obtient un RUN solide à 3,0 sur 4, et un BUILD qui avance à 2,7. L’entreprise exécute son quotidien et construit son avenir en même temps. Ce n’est pas donné à toutes les entreprisses.
Mais ce diagnostic révèle aussi quelque chose d’intéressant : THERMOVEX résiste aux « outils modernes ». Pas par ignorance, par habitude et par méfiance. Le CRM pourrait être plus performant. L’automatisation de certains process est discutée depuis longtemps mais ça stagne. Dans le Cadre de l’ÉMERGENCE, on appelle ce pattern IAPHO pour Inadaptation Phobique. Ce n’est pas un jugement ni de la psychologie de comptoir. C’est un signal qui dit que quelque chose protège ici une façon de faire qui a fonctionné, et qui coûte de plus en plus cher à maintenir face à des concurrents qui avancent.
Le troisième diagnostic, le Diagnostic Organisation Design, mesure si la structure de l’entreprise est cohérente avec ce qu’elle veut faire. Est-ce que les rôles sont clairs ? Les processus soutiennent-ils les ambitions ? Les personnes sont-elles reconnues pour ce qui compte vraiment ? THERMOVEX obtient un score de 2,8 sur 4. La structure tient. Elle est fiable, prudente, elle sécurise chaque décision avant d’avancer. Dans le Cadre de l’ÉMERGENCE, on appelle ce profil de structure, l’Empreinte Vigie : une organisation qui surveille et protège. Sa force : la prudence et l’anticipation des risques. Son excès possible : confondre la gestion du risque avec une loi fondamentale de physique organisationnelle.
Le quatrième diagnostic lit les profils décisionnels du CODIR collectivement : comment cette équipe décide-t-elle ensemble, quels sont ses angles morts collectifs ? THERMOVEX a une dominante rationnelle, cohérente avec un PDG « chercheur » et un DAF « sceptique ». Cette équipe adhère quand elle comprend le raisonnement, pas seulement quand on lui annonce une conclusion.
La synthèse de ces quatre diagnostics, le Diagnostic 360°, donne un signal global VERT. Les conditions de transformation sont réunies. Ce n’est pas la garantie de réussite, c’est juste que les conditions sont là.
→ Découvrir les archétypes décisionnels
📋 Extrait du rapport 360° THERMOVEX INDUSTRIES en scénario ABUNKER PRUDENT : TOM Vigie / OD VigieNiveau : CohérenceContrôle maximal, agilité quasi nulle. L’organisation sécurise chaque décision, chaque évolution. La prudence est devenue une règle fondamentale qui protège des évolutions.Signal dominant : Opportunités manquées systématiquement. La gestion du risque inclut le risque de ne pas changer.
Et, la question clé que le Diagnostic 360° pose à ce CODIR : quelle opportunité avons-nous refusée cette année par excès de prudence ? C’est une bonne question. Pas une question dramatique. Une question pour les dirigeants qui ont les moyens d’aller plus vite et plus loin et qui ne se donnent pas encore la permission de le faire.
Puis, à un moment, les emmerdements volent en escadrille…
Une mise à jour de l’ERP était prévue depuis longtemps. Par prudence, elle a été repoussée. Ce n’était donc pas un projet de transformation volontaire, mais une contrainte technique. Le système ne pouvait plus rester sur l’ancienne version. Sauf que la mise à jour a nécessité de revoir aussi une partie des infrastructures. Ce qui devait prendre trois mois en prendra sept. Isabelle et deux chefs de projet terrain ont été mobilisés en parallèle du RUN. Le projet avance mais il aspire de l’énergie que l’organisation n’a pas vraiment en réserve.
Pendant ce temps, le responsable d’atelier tombe malade. Quatorze ans de maison et la mémoire de l’atelier. Tout le monde sait comment on fait les choses. Personne d’autre que lui ne sait complètement pourquoi on les fait comme ça. Son absence n’est pas prévue pour durer, alors on ne recrute pas. On compense. Yassine récupère une partie de sa charge en plus de la sienne. Il gère. Il ne dit rien. C’est une PME, c’est comme ça que ça fonctionne. Les personnes absorbent.
Puis arrive la hausse des prix de l’énergie qui s’installe dans le temps. Elle ne touche pas que THERMOVEX. Elle touche leurs fournisseurs, leurs clients, leurs délais, leurs marges et les déplacements des collaborateurs. La supply chain entière absorbe le choc et tout le monde répercute sur tout le monde. Boris fait ses calculs ; ce n’est pas catastrophique. Mais, ça demande du temps, de l’attention et de l’argent au moment précis où les trois sont rares.
Pris séparément, chacun de ces trois événements est gérable. Un ERP qui dérape, ça arrive. Une absence imprévue, ça se compense. Une pression sur les coûts, ça se gère. Ensemble, en cascade sur une PME de 94 personnes, c’est une autre histoire.
📊 Ce que les diagnostics mesurent pour THERMOVEX en contexte A vs B
Contexte A Contexte B RUN (tenir le quotidien) 3,0 / 4 1,9 / 4 BUILD (préparer demain) 2,7 / 4 2,2 / 4 Organisation Design 2,8 – SOLIDITE 2,3 – FRAGMENTATION
Deuxième contexte : la même équipe, sous pression
Les personnes n’ont pas changé. Michel est toujours le même dirigeant qui prend le temps de comprendre. Boris voit toujours les fragilités en premier. Yassine continue de surévaluer la solidité du RUN parce que c’est son terrain et qu’il compense sans le dire.
Ce qui a changé, c’est ce que le système leur demande d’absorber.
Le Diagnostic TOM révèle la réalité d’abord : le RUN chute à 1,9 sur 4. En quelques mois, l’organisation est passée d’un fonctionnement fluide à un fonctionnement sous tension permanente. L’énergie disponible est entièrement mobilisée pour tenir le quotidien. Le BUILD recule à 2,2 parce qu’il ne reste plus grand-chose à offrir pour construire quand on a tout donné pour tenir.
Le Diagnostic Stratégique perd 0,6 point. La direction reste lisible, Michel n’a pas perdu le cap mais la capacité à l’exécuter vacille. La politique directrice tient sur le papier. Elle tient moins bien dans les couloirs et sur les lignes de prod.
Et, le Diagnostic Organisation Design révèle le changement le plus significatif. Le score passe à 2,3. L’archétype bascule de SOLIDITE à FRAGMENTATION, de l’Empreinte Vigie à l’Empreinte Pionnière. La structure qui sécurisait chaque décision commence à se disperser. Pas encore à s’effondrer mais à se disperser. Des dimensions qui fonctionnaient ensemble tirent dans des directions légèrement différentes. La nuance managériale change : on n’est plus dans un relais en construction, on est dans une culture de la débrouille ; l’organisation s’est adaptée informellement, chacun a trouvé ses solutions dans son périmètre, et personne n’a vu le système se fragmenter parce que chaque pièce, prise isolément, tiennent encore.
Ce décalage entre le TOM qui reste prudent et l’OD qui part en dispersion est lui-même un signal. Le modèle opérationnel continue d’imposer ses garde-fous, sa loi. La structure, elle, commence à les contourner pour avancer. La frustration s’installe aux frontières entre les deux sans que personne ne l’ait nommée.
📋 Extrait du rapport 360° THERMOVEX INDUSTRIES en scénario BGARDE-FOUS SUR STRUCTURE MATURE : TOM Vigie / OD PionnièreNiveau : ProximitéLa structure OD est prête mais le TOM impose des gardes-fous qui ralentissent le BUILD. La prudence opérationnelle freine une organisation qui pourrait aller plus vite.Signal dominant : Frustration des équipes face aux validations multiples. Structure en avance sur les décisions.
→ Découvrir les Empreintes du Cadre de l’ÉMERGENCE
La question clé que le 360° pose à ce CODIR dans ce contexte : Quelles décisions pourrions-nous accélérer sans compromettre notre sécurité ?
Regardez la différence avec la question du premier contexte. En contexte A, l’organisation se demandait quelle opportunité elle avait refusée par excès de prudence. En contexte B, elle se demande comment accélérer sans casser ce qui tient encore. Ce n’est pas la même question. Ce n’est pas le même niveau de tension. Pourtant, le signal global reste VERT. L’indice de cohérence systémique tient à 3,0. Parce que cette équipe reste cohérente avec elle-même même quand le contexte se dégrade. C’est une force. C’est aussi ce qui rend le glissement invisible de l’intérieur.
Ce que ces deux lectures disent ensemble
Ce n’est pas Michel, Yassine, Boris, Isabelle ou Thierry qui ont changé. Ce sont bien les mêmes personnes, avec les mêmes réflexes, les mêmes forces, les mêmes angles morts. Ce qui a changé, c’est ce que le système amplifie ou étouffe selon ce qu’il leur demande de porter.
En contexte A, la prudence de Boris est un garde-fou utile. En contexte B, elle devient une friction supplémentaire dans un système qui n’a plus l’énergie de traiter tous les signaux d’alerte. En contexte A, la capacité de Yassine à compenser est une force collective. En contexte B, elle masque un problème que personne ne voit parce que personne ne se plaint.
C’est précisément ce que les diagnostics individuels ne peuvent pas voir seuls. En entretien individuel, Yassine vous dira qu’il gère. Pour Boris, il vous dira qu’il est inquiet. Mais ce que le Diagnostic 360° révèle, c’est la dynamique entre les deux et ce que cette dynamique produit comme fonctionnement collectif dans un contexte donné.
Une organisation n’est pas la somme de ses membres. C’est la somme de ce que ses membres peuvent faire dans le contexte que le système leur offre. Deux contextes différents. Une même équipe. Deux organisations différentes.
Le moment pour lire ces signaux, ce n’est pas quand le système s’effondre. C’est à ce moment-là, pendant que tout le monde compense encore et que personne n’a encore mis le mot dessus.
Cet article a été rédigé dans le cadre de la démarche personnelle de Jacky MALGRAS (Coesor), dédiée à l’alignement stratégique et organisationnel des PME et ETI françaises, sans s’y limiter.
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À propos de l'auteur : Jacky Malgras-COESOR
L'agitation ou l'immobilisme sont un signal qui protège une façon de faire qui a fonctionné, et qui coûte de plus en plus cher à maintenir dans un monde en mouvement. L'histoire nous enseigne les leçons apprises du passé mais ne montre pas la route à prendre. J'ai créé le Cadre de l'ÉMERGENCE : un cadre structurant, une démarche structurée, une méthode adaptative et réflexive et un accompagnement en 7 étapes pour que les PME et ETI puissent conduire leur changement. Je travaille en solo, avec l'exigence que le dirigeant et ses équipes repartent avec leur propre boussole de management et un cap. Ce qu'ils en feront leur appartient.
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